Chapitre 8 :
J’ouvris alors totalement le rideau et regardai dans la direction indiquée par ma sœur. Je fus à la limite du
malaise lorsque mes yeux se posèrent sur le bidet.
Sachah se tenait là. Exactement dans la position où nous l’avions trouvé le jour du meurtre de nos parents. Je
sortis de la baignoire et me mis debout aux côtés de Mynah.
Sachah semblait vivante mais en même temps, son teint prouvait le contraire. Je croyais rêver. La marque du lys ressortait plus que jamais à l’intérieur de sa cuisse, elle était presque
phosphorescente. Je n’osai lui parler. Que lui dire ? Elle est morte depuis tant d’années… Notre réaction à Mynah et à moi peut vous paraître étrange mais après ce que nous venons de vivre, tout
cela est normal. Nous devions comprendre ensemble ce qu’il se passait.
Je regardais Mynah dans les yeux puis mon regard passa à Sachah. Elle nous regardait maintenant avec un grand
sourire. Que dire, mais que dire ?
Rien ! Sachah s’en chargea pour nous.
- Et bien ! Vous en faites une tête !...
Je crus m’évanouir mais tenu bon. Sa voix n’avait rien à voir avec celle que je lui avais connu. Elle paraissait
mature et avait un timbre ressemblant à celui de notre mère. C’était comme si cette dernière s’était incarnée dans le corps de notre sœur. Mais, cela était impossible, c’était bien Sachah qui se
tenait là, devant nous…
L’ambiance était plus que macabre mais pour mon plus grand soulagement, cela fit oublier à Mynah qu’elle me
poursuivait. J’avais enfin un peu de répit. Je posai le livre sur le rebord de la baignoire. Il me resservira probablement plus tard…
La situation portait à la plus grande des réflexions. Mais comment cela était-il possible ? Mon regard, emplit
d’incompréhension, allait de Mynah à Sachah. Cette dernière se remit à parler.
- Vous savez, maman n’est vraiment pas contente de vous ! Elle dit que vous devez
vous serrez les coudes au lieu d’essayer de vous entre-tuer...
Mynah et moi nous nous regardions. Le regard de ma sœur semblait vide mais le mien se remplissait de larmes. Le
souvenir de ma mère était si présent en moi ces derniers temps que le fait de savoir que je la décevais me faisait vraiment mal.
- Et maman t’a-t-elle dit autre chose pour nous ?
- Elle n’est pas contente. Elle dit que Mynah devrait faire une bonne source mais qu’elle
n’en est pas encore consciente !
Mynah, une bonne source !? Source du mal, oui sûrement, mais je ne pense pas que ce soit ce que maman souhaite
!
- Il faut juste qu’elle apprenne à développer ses pouvoirs en contrôlant ses
émotions.
Mynah se manifesta pour la première fois depuis le retour de notre sœur :
- Et bien, tu diras à notre chère mère que mes émotions vont très bien ! Je me contrôle
parfaitement.
Je voulus rire mais la situation ne s’y prêtait guère. Puis, je voulus lui répondre mais, je n’avais pas envie
qu’elle se souvienne qu’elle avait une hache à la main… Je ne dis donc rien et la regarda avec des yeux emplis de haine. Sachah semblait elle aussi dubitative face aux propos de Mynah. Elle
ajouta alors :
- Je ne lui dirais rien du tout ! Elle s’en rend très bien compte toute seule ! Elle vous
surveille vous savez ! Et elle trouve que les pouvoirs que tu choisis d’exploiter ne sont pas les bons, Mynah ! Elle posa alors son regard d’enfant sur moi.Quant à toi, Akayah, elle trouve vraiment dommage que tu t’occupes plus de Mynah que de toi ! Elle répète souvent « 26 ans et toujours pas mariée ! »
Je fus surprise de cette dernière phrase. Mais, comment pourrais-je penser aux hommes et au mariage avec une sœur
pareille ? Personne ne peut entrer ici, Mynah fait fuir tout le monde. Je n’ai plus aucun ami à cause d’elle… Que puis-je répondre à ça ?
Sachah ajouta alors :
- Et puis, je me verrai bien tata moi !...
Mon regard se posa sur elle sans que je ne puisse l’en détacher. Mes paroles allaient être crues mais je ne pouvais
en supporter d’avantage ; sur un ton des plus grave, je lui répondis :
- Mais Sachah ! Tu es morte ! Si j’ai un enfant, tu ne le connaîtras jamais alors ne
raconte pas de sottises…
Les yeux de la petite s’emplirent de larmes mais aucune ne coula. Elle paraissait triste et désemparée. Je ne
comprenais pas pourquoi. Peut-être n’était-elle pas vraiment consciente d’être morte. En tous cas, une chose est sûre, ce que je lui avais dit ne lui avait pas plu.
- Très bien ! Je crois qu’il est temps que je vous laisse ! Vous vous débrouillerez
maintenant, j’en suis sûre… et maman aussi.
Sa voix était tremblante. Je ne voulais pas qu’elle parte. Cela m’avait fait du bien de la revoir et surtout, cela
avait calmé Mynah…
- Déjà ! Mais pourquoi ne pas rester encore un peu ?
- Je suis morte comme tu l’as dit et les morts ne sont pas faits pour rester sur Terre
trop longtemps. A plus !
Et dans un dernier sourire quelque peu sadique (il m’a semblé), elle disparu sous nos yeux, s’effaçant comme on
efface un tableau noir.
- Et bien ! Quelle surprise ! Dit Mynah sur un ton des plus
enjoués.
Puis après quelques secondes, elle ajouta :
- Et si on en reprenait là où on en était toutes les deux !...
Mon regard se fit plus noir que jamais. Cette fois, elle dépassait vraiment les bornes et je ne pouvais le tolérer.
Je n’allais pas me laisser faire une fois de plus.
Je m’approchai d’elle fièrement, je la dominai par ma taille et je lui répondis :
- Non mais tu le fais exprès ! Tu ne comprends pas ce qu’il se passe là ! A ton avis,
Sachah est juste venue pour nous faire un petit « coucou » !? Tu es sotte ou bien !? Il faut que tout cela cesse maintenant ! Ca ne peut plus durer ! Je ne me laisserais plus faire (même si je n’ai pas vraiment les moyens de lutter !)
- Mais tu n’es pas assez forte pour me résister ! L’aurais-tu oublié
!?
- Là n’est pas la question ! Tu es la source d’accord ! La façon dont tu le deviens
m’importe peu. J’ai perdu une bonne partie de ma vie à essayer de te remettre dans le droit chemin. C’est fini maintenant ! Je prends MA vie en main. Débrouille-toi. Et si tu dois me tuer, très
bien, fais-le mais … fais-le vite !
A ces mots, je me recula un peu d’elle et écarta les bras en croix. Ainsi, si elle souhaitait vraiment me tuer,
elle n’avait qu’à me planter sa hache en plein cœur. Au lieu de ça, elle s’effondra au sol, en larmes.
© dyn